Joan Larroumec: Il y a un petit secret que toute la classe...
Il y a un petit secret que toute la classe politique connait mais dont presque personne ne veut parler pour des raisons électorales : dans 5 à 10 ans, les créanciers de la France refuseront de lui prêter si elle ne réaligne pas ses dépenses sur les standards européennes.
Et la première de toutes les dépenses, ce sont bien sûr les retraites.
Pourquoi nos créanciers considèrent-ils qu'elles sont trop élevées ? Et de combien pensent-ils qu'il faut baisser les retraites ?
J'ai noté 9 méthodes qui traînent dans les rapports. Je crois que personne ne les avait encore réunies.
Donc les voici.
1. Consacrer autant de son PIB aux retraites que les pays comparables.
La France consacre 14,6 % de son PIB aux retraites, contre 12,2 % en moyenne dans l'Union (Eurostat, 2024). 22 % de la population a 65 ans ou plus en France, 21,6 % en moyenne européenne. En rapportant la dépense à la part des 65 ans et plus, la France mobilise 0,66 point de PIB par point de population âgée, l'Union 0,57, l'Allemagne environ 0,52.
Pour revenir dans la norme européenne à démographie égale : baisse des retraites de 14 %.
Pour rejoindre l'Allemagne : baisse des retraites d'environ 20 %.
2. Ramener le niveau de vie des retraités à la moyenne européenne.
Un senior français dispose de 94 % du revenu médian des moins de 65 ans. La moyenne européenne est à 90 %, l'Allemagne à 84 %, les Pays-Bas à 78 % (Eurostat, EU-SILC 2023).
S'aligner sur la moyenne de l'Union : baisse des retraites de 5 %.
3. Aligner le niveau de vie des retraités sur celui du reste de la population, en prenant en compte qu'ils sont plus souvent propriétaires de leur logement.
Trois retraités sur quatre sont propriétaires. Quand on compte ce loyer qu'ils ne paient pas, c'est-à-dire l'avantage réel de vivre dans un logement payé, leur niveau de vie dépasse de 6,5 % celui de l'ensemble de la population (COR, février 2026).
Revenir à l'égalité avec le reste de la population : baisse des retraites de 7 %.
4. Revenir à la logique du cycle de vie : on n'épargne pas à la retraite, on dépense l'épargne d'une vie.
Une pension sert en principe à consommer quand on ne travaille plus. Or les 65 ans et plus épargnent encore 8 % de leur revenu (Insee), et le COR constate qu'ils continuent d'accumuler du patrimoine pendant la retraite. La répartition, financée par les cotisations des actifs, finance donc pour partie de l'héritage.
La part des pensions qui n'est pas consommée : baisse des retraites de 8 %.
5. Ne plus subventionner de façon cachée les retraites.
Le système paraît presque équilibré. C'est un artifice comptable : l'État verse chaque année 1,9 point de PIB, environ 56 milliards d'euros, en « contributions d'équilibre » aux régimes de la fonction publique et aux régimes spéciaux, comptées comme des recettes (Comité de suivi des retraites, 2025). Le taux de cotisation employeur de l'État pour ses fonctionnaires civils atteint 82 %, contre 17 % dans le privé.
Financer les pensions sans ces perfusions : baisse des retraites de 14 %.
6. Aligner le temps passé à la retraite sur la moyenne des pays comparables.
Un homme français passe 23,3 ans à la retraite, record des grands pays développés. Un Allemand, 18,8 ans (OCDE). L'écart avec la moyenne OCDE est d'environ 4 ans, soit un sixième de la durée.
À masse donnée, servir la durée moyenne des pays comparables équivaut à : baisse des retraites de 17 % (ou son équivalent en années de travail supplémentaires).
7. Rétablir l'équité entre générations et s'assurer que le rendement des retraités actuels soit similaire au rendement de la prochaine génération.
Pour 100 euros cotisés, la génération 1950 récupère environ 159 euros de pensions, en euros actualisés au rythme des salaires. La génération 1980 en récupérera 117 (COR, modèle Destinie de l'Insee).
Servir aux retraités actuels le même rendement que celui promis à leurs enfants : baisse des retraites de 26 %.
8. Ne verser aux retraités que les cotisations prélevées.
Sur les 405 milliards de ressources du système en 2024, seuls 269 milliards viennent de vraies cotisations, celles du privé et la part salariale des agents publics. Le reste : impôts affectés, taxes, transferts (COR, rapport 2025).
Un système de retraite qui vivrait de ses cotisations, comme le veut la fiction de la répartition : baisse des retraites de 34 %.
9. Ne verser aux retraités que leurs cotisations augmentées de leur rendement.
Dernière méthode, la plus dure : verser à chaque retraité exactement ses cotisations, capitalisées au rythme du salaire moyen, comme si sa carrière avait été un placement au rendement collectif. C'est la pension actuariellement neutre, celle qui ne prend rien à personne. Il faut bien comprendre que c'est le seul mode de calcul où le retraité ne prend pas d'argent au reste de l'économie. Il ne reçoit que ce qu'il a réellement contribué.
Les retraités de la génération 1950 touchent 159 à 175 % de cette somme (COR, Insee). Baisse des retraites de 37 à 43 %.
Neuf méthodes, une fourchette : entre 10 et 40 %, avec un cœur de convergence autour de 15 à 25 %. 20 % de 400 milliards, c'est 80 milliards par an. La moitié du déficit du pays.
Il n'existe pas à ma connaissance de méthode de calcul qui ne justifie pas une baisse du montant total.
Et les organismes qui financent le déficit de la France le savent. C'est pour cela qu'ils réclameront la baisse des retraites en première mesure dès que notre dette deviendra intenable, vers 2029-2030.
https://x.com/larroumecj/status/2087196079087350161