Guillaume Herblot: Je me suis tapé le rapport...
Je me suis tapé le rapport de la Cour des comptes sur la gestion des effectifs de la RATP.
Et là c’est pas un rapport. C’est une autopsie. Avec photo couleur et zoom sur les organes.
46 000 agents.
2,7 milliards d’euros de masse salariale.
50 % des charges d’exploitation.
La moitié du budget sert à payer des gens qui travaillent moins que la moyenne nationale.
Les conducteurs de métro et de RER :
Temps de travail effectif autour de 1 200 – 1 235 heures par an.
Pendant que le reste de la France est collé à 1 607 heures.
Ils ont inventé le concept de « semi-retraite en activité ».
Pourquoi ?
Parce que la « durée journalière de référence » est un plafond sacré.
On ne dépasse pas. Jamais.
Résultat : l’entreprise doit des heures à ses propres agents. Une dette de temps.
Oui, vous avez bien lu. La RATP doit du temps à ses salariés.
Et les primes ?
Il y en a 311.
344 millions d’euros en 2018.
22,6 % du salaire de base.
Il y a des primes pour tout : pour être là, pour ne pas être là, pour avoir été là, pour avoir failli être là…
Le système est tellement illisible que même la Cour dit qu’il y a des risques d’erreurs.
Et que certaines primes ont clairement servi à acheter la paix sociale plutôt qu’à récompenser la performance.
Classique.
Les grilles salariales ?
Inflationnistes. Automatiques. Ancienneté et « choix » de l’encadrement (qui n’en est souvent pas un).
On progresse même en dormant.
Résultat : la rémunération moyenne des gens déjà en place a explosé de +16,8 % pendant que l’inflation faisait +4,5 %.
Pendant ce temps-là, les salaires de début de carrière sont peu compétitifs.
Donc on a du mal à recruter les jeunes mais on surpaie copieusement ceux qui sont déjà là et qui ne partent plus.
Beau modèle économique.
La Cour est claire :
Ce cadre social historique génère des surcoûts structurels qui vont pénaliser la RATP quand la concurrence arrivera vraiment.
Traduction : on a construit une usine à gaz confortable juste avant d’ouvrir les portes au marché.
Bien sûr, il y a des efforts.
Absentéisme plutôt bas.
Formation correcte.
Quelques gains de productivité.
Mais c’est comme mettre un pansement sur une jambe de bois.
Le problème n’est pas conjoncturel. Il est structurel. Il est culturel. Il est statutaire.
Et le plus drôle ? Tout le monde savait.
L’État savait. Les syndicats savaient.
La direction savait.
Personne n’a vraiment touché au tabou.
Parce que toucher au cadre social à la RATP, tout le monde trouve ça intéressant jusqu’au moment où il faut le faire.
Le rapport de la Cour des comptes (traduite en langage clair) :
« Vous avez un outil de production trop cher, trop rigide, trop opaque.
Si vous ne le reformez pas sérieusement, vous allez vous faire bouffer quand la concurrence arrivera. »
Et maintenant on est en 2026.
Et on continue de discuter de primes et de durée journalière de référence.
Le rapport n’est pas catastrophique.
Il est juste d’une lucidité cruelle.
Et la vraie catastrophe, c’est qu’on savait déjà tout ça et qu’on a préféré regarder ailleurs.
Qui veut le café ?🤣
https://x.com/Guigz75116/status/2090479870673363214