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Joan Larroumec: Transformer un État ennemi structurel...

COMMENT REDRESSER RADICALEMENT NOTRE DÉMOGRAPHIE Transformer un État ennemi structurel de la natalité en son plus farouche défenseur. 30 ANS DE DESTRUCTION D'UN JOYAU : LA POLITIQUE FAMILIALE FRANÇAISE Nous avons assisté en l'espace d'une génération au démantèlement de la politique familiale française, édifice bâti dès 1939 et consolidé à la Libération, qui était considérée comme un modèle mondial et avait permis à la France de se maintenir proche du seuil de renouvellement démographique pendant des décennies alors que le reste de l'Europe plongeait. Des mesures Jospin de 1998 à celles de Hollande de 2013 à 2015, la méthode de rabotage est toujours la même : désindexer, ajouter des conditions de ressources, des plafonds, etc. Cela permet de démanteler à bas bruit, sans vraiment l'assumer. En passant d'une logique universelle nataliste où chaque naissance compte à une logique de pure lutte contre les inégalités, l'indice de fécondité français s'est effondré à environ 1,55 enfant par femme, rejoignant celui des autres pays européens à un niveau catastrophique posant de graves questions de soutenabilité de nos sociétés. Ce démantèlement est partiellement lié au manque total de vision des dirigeants et à un certain biais idéologique individualiste. Paradoxalement porté en premier lieu par la gauche, mais allègrement adopté par le centre et la droite, l'idée dominante est désormais que faire des enfants n'est plus - aussi - une question collective de survie et de prospérité, mais uniquement un choix individuel. Dans cette logique-là, aucune raison d'aider les personnes qui ne sont pas dans le besoin à avoir des enfants, puisque ce n'est plus un investissement dont tout le monde bénéficie in fine, mais un cadeau personnel que plus rien ne peut justifier. DES EFFETS DÉLÉTÈRES DURABLES Les démantèlements successifs que nous avons subis sont d'autant plus graves que les politiques natalistes ont souvent des effets asymétriques. Faiblement positifs à la hausse, très négatifs à la baisse. Cela signifie que quand une nouvelle aide est mise en place, elle met du temps à produire des effets et doit s'inscrire dans une logique globale à même de rassurer les familles. En revanche quand les mesures sont supprimées, le signal de défiance envoyé est fort et les chutes de naissances importantes et rapides. Par ailleurs comme l'ont montré les prix Nobel Kydland et Prescott, plus une politique paraît négociable, moins elle est efficace. La puissance de la politique familiale française était qu'elle semblait inamovible et faire l'objet d'un consensus transpartisan depuis 1945. Ainsi un jeune couple avait naguère la certitude qu'il vivrait sous un régime qui l'aiderait à avoir et élever ses enfants, peu importe les alternances politiques ou les vicissitudes budgétaires. Aujourd'hui, même si l'on répare les dommages des 30 dernières années, la confiance restera rompue encore longtemps. Un enfant est un engagement sur 25 ans. C'est l'horizon sur lequel une famille doit pouvoir se projeter et être garantie de la stabilité du système d'aide et de services publics que la société met à sa disposition. Plus aucune famille ne croit désormais que la politique familiale ne sera pas de nouveau rabotée lors du prochain trou budgétaire à combler. UNE PROBLÉMATIQUE JAMAIS ABORDÉE : STABILITÉ DES POLITIQUES ET CYCLES DÉMOCRATIQUES Il s'agit là du point fondamental. Le problème des politiques natalistes n'est pas tant qu'elles ne fonctionnent pas, mais plutôt qu'elles fonctionnent seulement lorsqu'elles sont stables sur le temps long. Or ce temps long est par construction incompatible avec les horizons électoraux, particulièrement en ce qui concerne les politiques natalistes. En effet, si la politique familiale est essentielle à la survie du pays, elle ne rapporte financièrement que 20 à 30 ans après sa mise en place. En revanche la démanteler rapporte de l'argent à court terme. D'une part par l'argent que l'on ne verse plus aux familles, d'autre part parce que moins d'enfants qui naissent, c'est moins de dépenses d'hôpital, de santé, de crèches, d'école et des travailleurs qui passent plus de temps au travail. Cela s'appelle le problème d'incohérence temporelle. C'est un problème connu, particulièrement sensible en système démocratique. Heureusement pour nous la littérature liste des solutions. Il se trouve que nombre de ces solutions ont été utilisées pour la question écologique, qui souffre des mêmes problèmes que la question démographique. Peu rentable à court terme, nécessaire à long terme. En nous inspirant du formidable édifice construit pour mettre la machine étatique au service de l'écologie, nous pouvons inventer un système structurellement pro natalité. LES 4 MESURES POUR ALIGNER LA MACHINE ÉTATIQUE AVEC SES ENJEUX DE SURVIE DÉMOGRAPHIQUE 1. IMPOSER PAR LA CONSTITUTION UNE LOI DE PROGRAMMATION DÉMOGRAPHIQUE CHIFFRÉE ET OPPOSABLE Une loi de programmation permet de fixer un cap à dix ou quinze ans et la trajectoire annuelle pour y parvenir. C'est l'outil qui donne aux armées leur visibilité depuis les années 1960. Il suffit d'ajouter une phrase à l'article 34 de la Constitution, l'article qui liste ce que la loi doit régler, disposant que « des lois de programmation déterminent les objectifs chiffrés et la trajectoire de la politique de la Nation en matière démographique et familiale ». Les deux mots qui comptent sont « chiffrés » et « trajectoire » : ils imposent un nombre et un calendrier annuel, et la loi organique d'application précisera que toute programmation comporte un objectif de naissances à quinze ans et sa déclinaison année par année. Cette programmation sera transversale, comme son modèle climatique qui assigne un budget d'émissions à chaque secteur (transport, bâtiment, industrie, agriculture) : elle déclinera l'objectif en cibles par politique publique, logements familiaux construits, places d'accueil du jeune enfant, fiscalité, temps de travail. La natalité cesse d'être l'affaire d'un ministère pour devenir un critère de tous. Et comme toute loi doit aujourd'hui évaluer son impact environnemental, toute loi, logement, urbanisme, travail, enseignement, devra évaluer son impact démographique à vingt ans. L'exercice devient obligatoire quelle que soit la majorité, et le Conseil d'État peut ordonner au gouvernement de s'y tenir. C'est la même logique, un objectif chiffré inscrit dans la loi et décliné en budgets annuels, qui a permis au Conseil d'État de juger contraignante la trajectoire climatique de la France et d'ordonner deux fois au gouvernement, en 2021 et 2023, de prendre les mesures nécessaires pour la tenir. 2. UN BUDGET DÉMOGRAPHIQUE ANNEXÉ CHAQUE ANNÉE AU BUDGET DE LA SÉCURITÉ SOCIALE Depuis 2020, le budget de l'État comporte un « budget vert », institué par un simple article de loi, qui classe chaque dépense, toutes politiques confondues, selon son impact environnemental. Son équivalent démographique ferait de même sur l'ensemble des deux budgets, celui de l'État comme celui de la Sécurité sociale : chaque dépense et chaque niche fiscale cotée favorable, neutre ou défavorable à la natalité, un plan logement par exemple se jugeant désormais aussi au nombre de familles qu'il rend possibles. Il corrigerait du même coup le biais comptable qui permet des coupes budgétaires en apparence indolores : dans les tableaux de Bercy, un enfant n'existe qu'en colonne dépenses (crèche, école, santé), alors qu'il devrait également apparaître comme un travailleur futur, produisant de la richesse, payant impôts, taxes et cotisations. Le budget de la Sécurité sociale serait accompagné d'une annexe à deux volets : le bilan de ce que chaque génération versera et recevra au long de sa vie, qui fait d'une naissance un actif chiffré, et la notation de chaque dispositif en coût par naissance supplémentaire. Pour que l'annexe ne soit pas enterrée, l'inscrire dans la loi organique. Une annexe organiquement exigée et manquante peut exposer tout le budget à la censure du Conseil constitutionnel. 3. UN HAUT CONSEIL DE LA DÉMOGRAPHIE QUI TIENT LES COMPTES Le climat doit beaucoup à une institution modeste : le Haut Conseil pour le climat, organe indépendant qui publie chaque année l'écart entre la trajectoire votée et les actes. Il rend la défection impossible à nier : c'est sur ses rapports que s'appuie le Conseil d'État pour sommer le gouvernement d'agir et ce sont ses chiffres que presse et associations opposent en permanence aux décideurs. Outre ses rapports qui font autorité, le Haut Conseil de la démographie mettrait un nom et un chiffre sur chaque mesure à impact démographique négatif de l'année. Aujourd'hui il est trop facile pour un politicien de sacrifier le futur démographique de la France pour des bénéfices de court terme. Rendre les sacrifices démographiques lisibles, donc coûteux, serait le premier métier du Haut Conseil de la démographie. 4. UNE ASSOCIATION DE COMBAT POUR FAIRE VIVRE LES NOUVELLES MESURES Les victoires climatiques ont été arrachées par des associations créées pour cela. De façon assez célèbre, une microscopique association avec une poignée de salariés telle que Notre Affaire à Tous, aux côtés de trois ONG, a réussi à faire condamner l'État pour inaction climatique en 2021 dans ce que l'on a appelé l'Affaire du Siècle. Le champ familial n'a aujourd'hui rien d'équivalent : l'UNAF, cogestionnaire du système depuis 1945 et financée par la branche famille, ne peut ni attaquer une politique qu'elle administre ni noter des parlementaires dont elle est l'interlocutrice obligée. Les autres acteurs, confessionnellement marqués, se privent de la moitié de l'échiquier. Il faut donc créer une organisation laïque et transpartisane, parlant à gauche le langage de l'égalité (l'empêchement frappe d'abord les femmes et les ménages modestes) et à droite celui de la souveraineté et de la puissance. Elle aurait deux métiers : le score annuel des parlementaires et gouvernements sur tous les votes affectant la natalité, et le recours au juge dès que la trajectoire dévie des objectifs de naissances. Elle n'aurait besoin que de quelques juristes, analystes data et un peu de communication et de frais de recours. Moins d'un million d'euros par an, largement finançable par des dons. Ce qui manque aujourd'hui est surtout les 3 premières mesures permettant de rendre son action réellement opérante. Tout ceci ne dit pas comment il faut lutter pour enrayer l'effondrement des naissances. Il s'agit ici de déterminer l'architecture institutionnelle qui s'assure que le politique, contraint par le court terme, ne puisse ignorer impunément la seule chose qui est nécessaire à la survie de la nation : sa reproduction. NOUS AVONS DÉVORÉ NOTRE CAPITAL, IL NOUS FAUT DÉSORMAIS LE RECONSTITUER Depuis 30 ans la France se racontait un mensonge, l'idée qu'elle serait immunisée contre l'effondrement démographique. Sans se rendre compte qu'en réalité, elle ne vivait que du dividende d'un capital dont l'accumulation commença il y a fort longtemps. Tout commença au XIXe siècle, dans une France traumatisée par sa population stagnante alors qu'Allemagne et Grande-Bretagne doublaient ou triplaient de taille. Ce siècle vola à la France son destin de puissance européenne dominante et la plongea dans les guerres mondiales. (Une France à près de 100 millions d'habitants, ce que nous serions probablement si notre population avait crû au rythme de celle de nos voisins, n'aurait probablement pas été attaquée par l'Allemagne de 1914.) De ce traumatisme naquit la science démographique moderne, dans une France qui se demandait comment son destin avait ainsi pu si vite dérailler. Superman tout à coup privé de ses pouvoirs, à la recherche de sa kryptonite. Le démographe Bertillon fonda en 1896 l'Alliance nationale visant à redresser notre démographie. Il lui fallut 40 ans de lobbying intense pour aboutir en 1939 au Code de la famille, adopté par décret-loi par une Troisième République agonisante. Ces mesures enrichies par la France gaullienne permirent à notre pays de se redresser démographiquement après un siècle et demi de déclin de la fécondité. Plus de 800 000 naissances par an pendant près de trois décennies, un niveau que la France n'avait plus connu depuis le début du siècle et n'a jamais retrouvé durablement depuis. C'est ce long héritage sur 7 générations que les dirigeants de notre époque ont jeté au feu. Parce que, comme pour tant d'autres héritages, la génération qui nous précède et qui est aux commandes a cru que la bonne fortune de la France était une donnée providentielle, et non pas une construction douloureusement acquise. Comme pour tout le reste, c'est donc maintenant à notre génération de réparer notre société, afin qu'elle ait encore un avenir. L'objectif est simple : 870 000 naissances annuelles d'ici 2050, ce qui permettrait de stabiliser notre population et d'enrayer le vieillissement. Nous étions à 820 000 en 2014. Ce n'est pas si loin. La France représenterait alors plus d'un quart des naissances européennes. Un retour à notre norme historique. La méthode est évidente une fois énoncée : il nous suffit de sortir la natalité du ministère de la famille tout comme l'écologie a été sortie du ministère de l'écologie, pour en faire l'affaire de tous.
Joan Larroumec: Transformer un État ennemi structurel...
https://x.com/larroumecj/status/2091795690590470387

Joan Larroumec: La nouvelle mode après le rapport...

La nouvelle mode après le rapport de l’Igf-Igas c’est de dire que les aides monétaires ne servent à rien en terme de natalité et qu’il faut les couper. C’est une très mauvaise interprétation de la littérature, on risque de continuer à détricoter ce qu’il reste de notre politique familiale. Augmenter les aides a un effet modeste, les couper a un effet sensible. C’est asymétrique et donc incompris. Une étude française (Elmallakh, Demography, 2023) montre que retirer aux ménages aisés une aide de 184 €/mois a suffi à faire baisser leur probabilité d’avoir un enfant de plus ; si une somme aussi modeste pèse sur les naissances, on imagine l’effet d’une coupe de plusieurs milliers d’euros par an dans le quotient familial, les allocations et les réductions d’impôt. Ce que préconisent désormais certains politiques. Plus fondamentalement, nous sommes en pleine crise mondiale des naissances. Ce n’est absolument pas le moment de prendre des risques en prenant des mesures dont la littérature nous dit qu’il est très probable qu’elles auraient des effets délétères. Il faut ajouter à la politique familiale, pas faire un jeu de transfert de la poche gauche à la poche droite. Je fais moi-même partie de ceux qui ont popularisé l’idée qu’il fallait investir massivement sur la garde d’enfants. J’en ai parlé à de multiples équipes de campagne pour 2027, députés, sénateurs, anciens ministres etc. C’est très bien que cette idée ait pris de l’ampleur et fasse de plus en plus consensus. Mais la financer en coupant ailleurs dans la politique familiale, c’est ne pas prendre la pleine mesure de la crise que nous traversons, et de l’impérieuse nécessité d’activer tous les leviers. D’autant plus que les mesures asymétriques qui agissent beaucoup à la baisse et peu à la hausse sont les pires, car elles sont en toute logique très difficilement réversibles. Absolument tous les candidats pour 2027 doivent se rendre compte d’une vérité simple : il n’y a pas d’avenir démographique pour la France si nous ne sacralisons pas notre politique familiale.

Joan Larroumec: On pourrait résumer la situation...

On pourrait résumer la situation de façon très simple : quasi tous les Français vivants aujourd’hui ont connu une France soit avec une économie fonctionnelle, soit avec des capacités d’endettement qui ont permis de cacher la misère à mesure que son économie devenait dysfonctionnelle. Maintenant que nos capacités d’endettement arrivent à leur limite, nous nous retrouvons à être la première génération en 3/4 de siècle à devoir repenser intégralement les questions de puissance économique à partir des principes premiers. Et tous ceux qui ont participé au redressement précédent et qui avaient un peu de savoir-faire sont désormais morts. La transmission générationnelle de la puissance et de la prospérité est désormais rompue. Il est donc indispensable que chaque Français apprenne ou réapprenne l’histoire économique de son pays pour pouvoir juger en conscience de ce qu’il convient de faire. Comprenne pourquoi depuis deux siècles la France était un pays riche, pourquoi ce n’était pas une loi de la Nature mais le fruit d’efforts et de stratégies, et surtout que faire pour que nous ne perdions pas définitivement notre rang. Trop peu de monde connaît encore la grammaire de la prospérité et comment elle s’est appliquée dans notre histoire. Je propose ici un cadre d’analyse simplifié fondé sur 4 piliers de la puissance économique et comment ils s’appliquent sur les 7 séquences de notre histoire industrielle. 4 piliers : Le plus important, un État qui arbitre en faveur de la production et non de la rente Une énergie abondante et bon marché Un écosystème dédié à capter la technologie et la transformer en industrie Une démographie dynamique, solvable, compétente 7 séquences : 1815-1848 : des débuts industriels difficiles 1848-1873 : le miracle du Second Empire 1873-1896 : l’Empereur parti, les rentiers dansent 1896-1929 : France puissance technologique 1929-1944 : le retour des vieux démons 1944-1974 : la remise en ordre totale gaullienne 1974-2026 : la rente, monstre increvable La suite de ce très long billet que je crois important est ici : https://larroumec.substack.com/p/la-grammaire-de-la-prosperite-et

Joan Larroumec: Un rapport IGF-Igas vient de sortir...

Un rapport IGF-Igas vient de sortir de façon opportune pour appeler à réduire la politique familiale de la France de 4 milliards. Alors que nous sommes en plein milieu d'une crise mondiale des naissances, ces recommandations sont totalement irresponsables. Le rapport encourage à couper dans tout ce qui est avantage monétaire pour les familles nombreuses : quotient familial, majorations de retraite pour 3 enfants, allocations des déciles supérieurs, parts fiscales des familles nombreuses. L'argument est que ce type de dépenses est moins efficace par euro dépensé selon la littérature que la garde d'enfant ou le congé naissance. Le rapport commet surtout une erreur très grave et se contredit lui-même. L'annexe II du rapport écrit noir sur blanc que si les transferts financiers ont des effets limités à la hausse, leur modulation à la baisse peut entraîner une baisse de la fécondité, en citant Elmallakh (2023) sur la réforme de la Paje de 2014. Pire, l'étude montre que l'effet d'annonce, c'est-à-dire le simple fait de mettre la baisse de ces aides en débat au Parlement, a été plus fort que l'effet de la réforme elle-même. D'autres études vont dans ce sens, notamment celle de González et Trommlerová sur la prime de naissance espagnole : son introduction en 2007 avait fait monter les naissances de 3 %, sa suppression les a fait chuter de 6 %. Cet élément absolument crucial n'est qu'en annexe du rapport (ce que personne ne lit jamais) et disparaît des conclusions. Concrètement ce rapport propose donc d'aggraver la crise des naissances en France, pour des économies de bout de chandelle. 4 milliards par an, c'est l'équivalent du simple report de six mois de la revalorisation des retraites voté fin 2024. Des dizaines de milliers de naissances en moins par an, des villes françaises entières en moins en une génération, pour 6 mois de report de l’indexation des retraites. Mesure-t-on l’étendue du délire ? Ce type de rapport continuera de sortir tant que la France ne prendra pas conscience du fait que la politique nataliste doit être l'alpha et l'oméga de sa politique, car sans elle, point de futur. Aujourd'hui, nous n'avons que les restes de l'édifice familial construit par le Conseil National de la Résistance, qui a été petit à petit démantelé. Il n'y a même plus d'objectif de nombre de naissances en France. Et comme toute personne qui a déjà géré un projet le sait, un projet sans objectif n'a aucune chance d'être atteint. https://igas.gouv.fr/revue-de-depen ses-relative-lefficacite-des-politiques-familiales

Joan Larroumec: Vous voulez entendre des chiffres...

Vous voulez entendre des chiffres sur le coût de l'enfant que vous n'avez jamais lus ailleurs et qui vont changer votre perspective ? Voici : 600k€ : c'est ce que coûte en moyenne à la société française la production d'un nouveau membre, de sa naissance à son entrée dans le monde du travail. Ils se décomposent comme ceci : 200k€ : dépenses directes nettes des parents (c'est-à-dire en retirant les aides et avantages fiscaux) 100k€ : pertes de revenu pour les parents qui doivent consacrer plus de temps à leurs enfants 300k€ : dépenses publiques (aides et avantages + services publics) Ces 300k€ sont payés par tous les contribuables. Ceux qui n'auront jamais d'enfants (environ un adulte sur cinq) en financent 60k€, ceux qui en ont ou en auront 240k€. Ainsi, quand on entend des personnes sans enfants se plaindre de participer à la politique familiale française, elles se plaignent de prendre en charge, toutes ensemble, 10% du coût d'un nouveau membre. Les parents couvrent les 90% restants. En moyenne sur une vie, une personne sans enfants supporte environ 240k€ de coûts liés aux enfants des autres. Cela veut dire qu'elle finance 40% d'un nouveau membre de la société. (Car les sans-enfants étant moins nombreux que les avec enfants, ils financent une petite part des enfants, mais sur plusieurs enfants.) Sachant que pour qu'une société se renouvelle, il faudrait que chaque membre assure la naissance d'un nouveau membre pour le remplacer, les gens sans enfants ne paient donc que 40% de leur responsabilité sociale. Pour couvrir 100% de la production de leur remplaçant, il manque 360k€ : il faudrait augmenter leurs impôts d'environ 9 000 euros par an pendant les 40 ans d'une carrière. Ce serait leur fait payer le vrai coût de leur choix de ne pas avoir d’enfant. Car en effet, tout le monde bénéficie du fait que des enfants naissent, y compris les sans-enfants. Comme nous sommes passés dans une société purement individualiste, les gens ont oublié comment les enfants des autres leur bénéficient directement. Ce sont les enfants des autres qui paieront leur retraite bien sûr, mais aussi qui les soigneront, répareront leur télé ou referont le trottoir devant chez eux. Bien sûr ce n’est qu’une moyenne : il y a des sans-enfants riches qui payent plus d’impôts que la moyenne et contribuent largement plus que ce que coûte un enfant. Il y a des familles qui vivent aux crochets complets de la collectivité, ou qui mettent au monde des individus délinquants ou meurtriers dont la société ne bénéficie probablement pas vraiment. Mais en moyenne, quand une personne sans-enfants se plaint de trop payer pour les enfants des autres, le plus probable est qu’en réalité elle ne paye pas assez.

Joan Larroumec: Il y a un petit secret que toute la classe...

Il y a un petit secret que toute la classe politique connait mais dont presque personne ne veut parler pour des raisons électorales : dans 5 à 10 ans, les créanciers de la France refuseront de lui prêter si elle ne réaligne pas ses dépenses sur les standards européennes. Et la première de toutes les dépenses, ce sont bien sûr les retraites. Pourquoi nos créanciers considèrent-ils qu'elles sont trop élevées ? Et de combien pensent-ils qu'il faut baisser les retraites ? J'ai noté 9 méthodes qui traînent dans les rapports. Je crois que personne ne les avait encore réunies. Donc les voici. 1. Consacrer autant de son PIB aux retraites que les pays comparables. La France consacre 14,6 % de son PIB aux retraites, contre 12,2 % en moyenne dans l'Union (Eurostat, 2024). 22 % de la population a 65 ans ou plus en France, 21,6 % en moyenne européenne. En rapportant la dépense à la part des 65 ans et plus, la France mobilise 0,66 point de PIB par point de population âgée, l'Union 0,57, l'Allemagne environ 0,52. Pour revenir dans la norme européenne à démographie égale : baisse des retraites de 14 %. Pour rejoindre l'Allemagne : baisse des retraites d'environ 20 %. 2. Ramener le niveau de vie des retraités à la moyenne européenne. Un senior français dispose de 94 % du revenu médian des moins de 65 ans. La moyenne européenne est à 90 %, l'Allemagne à 84 %, les Pays-Bas à 78 % (Eurostat, EU-SILC 2023). S'aligner sur la moyenne de l'Union : baisse des retraites de 5 %. 3. Aligner le niveau de vie des retraités sur celui du reste de la population, en prenant en compte qu'ils sont plus souvent propriétaires de leur logement. Trois retraités sur quatre sont propriétaires. Quand on compte ce loyer qu'ils ne paient pas, c'est-à-dire l'avantage réel de vivre dans un logement payé, leur niveau de vie dépasse de 6,5 % celui de l'ensemble de la population (COR, février 2026). Revenir à l'égalité avec le reste de la population : baisse des retraites de 7 %. 4. Revenir à la logique du cycle de vie : on n'épargne pas à la retraite, on dépense l'épargne d'une vie. Une pension sert en principe à consommer quand on ne travaille plus. Or les 65 ans et plus épargnent encore 8 % de leur revenu (Insee), et le COR constate qu'ils continuent d'accumuler du patrimoine pendant la retraite. La répartition, financée par les cotisations des actifs, finance donc pour partie de l'héritage. La part des pensions qui n'est pas consommée : baisse des retraites de 8 %. 5. Ne plus subventionner de façon cachée les retraites. Le système paraît presque équilibré. C'est un artifice comptable : l'État verse chaque année 1,9 point de PIB, environ 56 milliards d'euros, en « contributions d'équilibre » aux régimes de la fonction publique et aux régimes spéciaux, comptées comme des recettes (Comité de suivi des retraites, 2025). Le taux de cotisation employeur de l'État pour ses fonctionnaires civils atteint 82 %, contre 17 % dans le privé. Financer les pensions sans ces perfusions : baisse des retraites de 14 %. 6. Aligner le temps passé à la retraite sur la moyenne des pays comparables. Un homme français passe 23,3 ans à la retraite, record des grands pays développés. Un Allemand, 18,8 ans (OCDE). L'écart avec la moyenne OCDE est d'environ 4 ans, soit un sixième de la durée. À masse donnée, servir la durée moyenne des pays comparables équivaut à : baisse des retraites de 17 % (ou son équivalent en années de travail supplémentaires). 7. Rétablir l'équité entre générations et s'assurer que le rendement des retraités actuels soit similaire au rendement de la prochaine génération. Pour 100 euros cotisés, la génération 1950 récupère environ 159 euros de pensions, en euros actualisés au rythme des salaires. La génération 1980 en récupérera 117 (COR, modèle Destinie de l'Insee). Servir aux retraités actuels le même rendement que celui promis à leurs enfants : baisse des retraites de 26 %. 8. Ne verser aux retraités que les cotisations prélevées. Sur les 405 milliards de ressources du système en 2024, seuls 269 milliards viennent de vraies cotisations, celles du privé et la part salariale des agents publics. Le reste : impôts affectés, taxes, transferts (COR, rapport 2025). Un système de retraite qui vivrait de ses cotisations, comme le veut la fiction de la répartition : baisse des retraites de 34 %. 9. Ne verser aux retraités que leurs cotisations augmentées de leur rendement. Dernière méthode, la plus dure : verser à chaque retraité exactement ses cotisations, capitalisées au rythme du salaire moyen, comme si sa carrière avait été un placement au rendement collectif. C'est la pension actuariellement neutre, celle qui ne prend rien à personne. Il faut bien comprendre que c'est le seul mode de calcul où le retraité ne prend pas d'argent au reste de l'économie. Il ne reçoit que ce qu'il a réellement contribué. Les retraités de la génération 1950 touchent 159 à 175 % de cette somme (COR, Insee). Baisse des retraites de 37 à 43 %. Neuf méthodes, une fourchette : entre 10 et 40 %, avec un cœur de convergence autour de 15 à 25 %. 20 % de 400 milliards, c'est 80 milliards par an. La moitié du déficit du pays. Il n'existe pas à ma connaissance de méthode de calcul qui ne justifie pas une baisse du montant total. Et les organismes qui financent le déficit de la France le savent. C'est pour cela qu'ils réclameront la baisse des retraites en première mesure dès que notre dette deviendra intenable, vers 2029-2030.

Joan Larroumec: Au début des années 1970...

Au début des années 1970, le Hudson Institute produit un rapport de prospective sur l’état du monde en 1990. De Gaulle vient de quitter le pouvoir. Au chapitre France, le rapport estime que la France de 1990 sera la première économie européenne, et les Français les Européens les plus riches. Le HI ne faisait que prolonger le différentiel de performance de la France par rapport aux autres pays européens. C’est cette trajectoire que nous avons perdue, par manque de vision et de courage. Comment De Gaulle avait-il fait pour nous mettre sur orbite en seulement 11 ans ? Comment s’en inspirer pour que nos enfants soient les Européens les plus riches et non pas de plus en plus sous la moyenne ? (La trajectoire actuelle). Je publierai demain un petit billet qui révélera tout, et surtout que rien n’est perdu. (Ça c’est du teaser)

Joan Larroumec: Rocard avait prévenu dès les années...

Rocard avait prévenu dès les années 90 que le système de retraite par répartition n’était ni pérenne ni juste et qu’il provoquerait une révolte des enfants de boomers. Pourtant cette révolte n’a jamais eu lieu. Pour une raison simple : le système par réparation va tellement à l’encontre de nos intuitions morales qu’il en devient incompréhensible. Ne comprenant pas le système, on ne peut se révolter. La plupart des gens pense que s’ils cotisent beaucoup aujourd’hui, ils toucheront beaucoup demain. C’est une espèce de biais moral du monde juste, totalement faux. Dans un système par répartition, il n’y a aucun lien entre ce que l’on cotise et ce que l’on touche. Les deux montants étant définis de façon quasi-indépendante par le rapport de force politique. Ainsi ce que cotisent les actifs d’aujourd’hui est déterminé par le poids électoral des retraités et les capacités d’endettement de la France. Les retraités peuvent se maintenir des pensions de deux euros pour chaque euro qu’ils ont cotisé autrefois parce qu’ils ont les moyens politique de pressuriser les actifs et d’endetter le pays. Les actifs actuels eux ne reverront bien sûr jamais l’argent qu’ils versent aux retraités. Puisque d’une part, leurs cotisations étant tellement énormes, il faudrait pouvoir pressuriser encore plus la génération d’après pour s’assurer les mêmes conditions de deux euros de retraite pour un euro de pension - or la génération suivante est encore moins nombreuse et les montants sont tellement déconnectés qu’on arrive au bout du Ponzi - d’autre part il faudrait pouvoir encore plus endetter le payer au moment même où les capacités d’endettement du pays arrivent à leur maximum. Il est ainsi quasi certain que les actifs actuels n’auront eux jamais droit à deux euros de retraités par euro cotisé, mais plutôt moins de un euro par euro cotisé selon les prévisions actuelles. La logique voudrait pour que le système soit comprehensible que l’on parle en taux de recouvrement. Que chaque génération touche un montant calculé sur ses cotisations multipliées par un facteur (celui de la croissance de l’économie). Ainsi le système serait juste et il y aurait un vrai lien entre à quel point on participe et à quel point on bénéficie. Par ailleurs si l’on commence à penser en termes de taux de recouvrement, on comprend mieux que plus on cotise aujourd’hui, plus son taux de recouvrement sera mauvais à l’avenir. Soit exactement l’inverse de la fausse intuition morale actuelle. Et l’on comprend ainsi que si l’on veut équilibrer les taux de recouvrement intergénérationnels, il devient nécessaire de repenser tout le système et tous les montants. Ces mécanismes échappant à la cognition de la plupart des gens, il n’y a pour l’instant aucun soutien populaire pour une telle remise à plat chez les perdants du système, les actifs.

Joan Larroumec: Chers retraités...

Chers retraités, nous vous proposons un deal historique. En effet, avec un petit effort, vous pouvez rendre un service massif à votre pays. Acceptez de geler la part des pensions au-dessus du SMIC pendant 2,5 ans. Puis après on reprend comme avant sur cette base. Ce dont vous n'avez peut-être pas conscience, c'est que la masse des retraites étant le plus gros poste de dépense de la France, une telle mesure permet de libérer environ 8 milliards d'euros par an de budget, à perpétuité. (Même une fois que l'indexation des pensions reprend.) Cet effort de 30 mois de votre part permettrait de financer intégralement la mesure nataliste la plus efficace selon la littérature : la gratuité et l'universalité de la garde des enfants de zéro à 3 ans. Et cette mesure provoquerait environ 40 000 nouvelles naissances par an, soit un million de nouveaux petits Français en une génération. 30 mois de retraites qui n'augmentent pas seulement sur la part au-dessus du SMIC, et en échange, vous permettez à un million de Français de naître. Seulement grâce à vous. Oui oui, nous savons bien qu'il y a beaucoup d'autres postes de dépenses où aller chercher de l'argent. Et il faudra bien s'attaquer à une remise à plat du système. Mais il y a aussi beaucoup d'autres investissements à financer : adaptation au changement climatique, révolution IA et robotique, etc. En attendant, quoi de plus beau qu'un deal intergénérationnel ? Les retraités qui s'assurent que leurs petits enfants naîtront. C'est beau et indispensable.

Joan Larroumec: L’individualisme contemporain a fait perdre...

L’individualisme contemporain a fait perdre de vue que les enfants sont le bien commun d’une société. Les parents dépensent beaucoup plus pour ajouter de nouveaux membres à la société que ce que la société leur rend en aides et en infrastructures. Être parent c’est faire don à la société d’un futur travailleur, cotisant, fournisseur de biens et de services. Il faut un changement complet de perception sociale : quand une personne sans enfant voit des parents débordés avec des enfants agités - a fortiori sous les 3 ans, âge où l’éducation ne peut pas grand chose - ils devraient ressentir au lieu de l’agacement dont ils osent se revendiquer tout honte bue, une infinie gratitude. Ce sont les enfants des autres qui payeront leurs retraites, feront le ménage chez eux et leur torcheront les fesses en EPHAD. Pendant qu’ils dépensent l’argent qu’ils n l’ont pas à débourser pour assurer la seule fonction vitale de toute société - se reproduire - en investissements et voyages. La société doit de ne pas s’effondrer au fait qu’à chaque génération suffisamment de personnes décident de consacrer l’essentiel de leurs ressources à son renouvellement. Ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas faire cet effort se doivent d’être infiniment tolérants envers ceux qui portent cette charge qui leur bénéficie directement. Et si l’on a le cœur trop sec ou le cerveau trop atrophié pour comprendre une chose aussi simple, on peut sans doute comprendre quand même que plus une société est hostile aux enfants et à leurs parents, plus sa retraite personnelle sera faible et son patrimoine dévalorisé faute d’acheteurs. Si l’on n’a pas la hauteur de vue, il faut au moins essayer d’avoir le sens de ses propres intérêts.

Joan Larroumec: Le McKinsey Global Institute...

Le McKinsey Global Institute vient de publier le prix du même mégawattheure nucléaire par pays. Ça fait un peu mal : 63 dollars en Chine, 65 en Corée, 190 en France. Le triple. Les trois quarts de l’écart tiennent à nos coûts de construction. Et ces coûts explosent chez nous principalement par incompétence collective. Nous produisons du sur-mesure à l’unité, nous lançons les travaux avant que le design soit finalisé, nous changeons tout le temps de plans, et nous nous appliquons des normes plus strictes que n’importe qui sur terre pour faire plaisir aux lobbies. Même le devis des 6 prochains EPR2 est passé de 50 à 70 milliards avant même d’avoir coulé le premier béton. C’est d’autant plus rageant que dans les années 70-80, nous avons construit notre flotte dans les règles de l’art : des designs simples, à la chaîne. 4 réacteurs par an. Boum. C’est ce que font la Corée et la Chine aujourd’hui. Rien de sorcier, rien qui ne soit réplicable. Pire, c’est nous qui avons inventé la méthode ! Et l’enjeu de l’énergie n’a jamais été aussi urgent. Dans le même rapport, McKinsey note que 55 % du prix d’un data center repose sur le prix de l’électron. La révolution IA qui définit la nouvelle hiérarchie des nations passe par notre capacité à remettre à plat notre stratégie nucléaire. Concrètement il s’agit de : •Figer un design simplifié de l’EPR2, aligné sur les normes coréennes, et ne plus jamais y toucher. •Annoncer la construction des EPR 7 à 14 pour que la filière se mette en ordre de marche. •Pressuriser Bruxelles pour que le financement puisse se faire à taux réduit. Il n’y a pas de futur industriel et donc de futur prospère pour la France si nous ne faisons pas ça au plus vite. Nous aurions déjà dû le faire il y a 10 ans.

Joan Larroumec: Le plus grand marronnier...

Le plus grand marronnier de la lutte culturelle semble revenir en force. Je ne parle pas de si on peut dire chocolatine ou pain au chocolat mais bien de si on peut demander à ses invités de se déchausser chez soi. Ce qui semble être ignoré par beaucoup, c’est la perspective historique : il n'y a jamais eu de tradition univoque en France et en Europe de garder ses chaussures à l'intérieur. Bien au contraire. - Dès la Bible, l'hospitalité consiste à permettre aux invités de se laver les pieds avant de rentrer chez soi. - Dans la Rome antique, on retire ses chaussures et l'on porte chez soi des chaussons, les soleae. - Au Moyen Âge, les paysans portent des pantoufles à l'intérieur de leurs sabots, et retirent les sabots pour ne garder que les pantoufles à l'intérieur. - À la Renaissance, les Nobles portent des chaussons chez eux lorsqu'ils ne sont pas dans les pièces de réception. - jusqu’au XXe siècle, le pape a des mules à l'extérieur et des chaussons à l'intérieur. L’apogée de la conservation des chaussures en intérieur date du XXème siècle et de l’avènement de la classe moyenne, qui accueille chez elle sans avoir de salles réservées à la réception. À partir de ce moment là, certains considèrent que tout l'appartement est privé, et que dans un esprit avant tout de sacralité du foyer, mais aussi d'hospitalité et d'hygiène, chacun doit se déchausser, d'autres considèrent à l'inverse que tout l'appartement devient de facto une zone de réception publique. Tout cela avec de fortes disparités régionales. Il est donc faux de prétendre qu’il y aurait une tradition française de conserver ses chaussures en intérieur, tout comme il serait faux de dire qu’inviter ses invités à se déchausser est une norme universelle ou courante. Dans des pays comme la France, les États-Unis ou la Grande-Bretagne, il n'y a pas de pratique unifiée, et il convient donc d'y demander à l'hôte ce qu'il préfère.

Joan Larroumec: Pour ceux qui l'ont raté...

Pour ceux qui l'ont raté, l'excellent article co-écrit par mon ami Tristan Claret-Trentelivres. L'IA est-elle le nucléaire du XXIe siècle ? C'est-à-dire la technologie clé de la puissance, celle qui fait la différence entre les pays qui ont leur destin en main et ceux qui doivent se chercher un protecteur qui leur imposera ses conditions ? La Chine et les États-Unis avec leurs restrictions d'exports de plus en plus étendue sur les modèles d'IA semblent le croire. En France et en Europe, on tergiverse beaucoup. On fait mine de croire qu'il n'est pas si grave d'être dépendant des États-Unis. Ou encore qu'il faudrait un grand projet européen commun. Atermoiements tristement tragiques et parfaitement similaires à ceux qui précédèrent l'acquisition par la France de la bombe nucléaire. Qui se souvient que sous la 4e République, il y avait les opposants au fait que la France se dote de la bombe (Guy Mollet, Mitterand) et que Chaban-Delmas poussait mollement les accords FIG, une espèce de coopération bancale avec l’Italie et la RFA pour faire du nucléaire « à l’échelle européenne » (parce que c’est cher, que la bonne échelle c’est l’échelle européenne, qu’on n’a pas les moyens tous seuls, que c’est compliqué, que seuls les très grands pays comme la Russie et les Etats-Unis y sont parvenus d’eux-mêmes, etc etc. La sempiternelle rengaine de ceux qui ne croient ni en La France, ni en la nécessité de maîtriser son destin) Heureusement De Gaulle qui avait plus de jugeote mis fin à tout cela. Tristan et ses co-auteurs tracent un chemin concret et chiffré vers la voie d’une France qui reste une nation indépendante. Je ne suis pas d’accord avec tout, mais très rares sont les esprits de qualité capables de penser réellement la puissance. Tristan est de ceux-là. Et nous pouvons avoir chaud au cœur lorsque nous voyons se lever cette nouvelle classe de Français ayant la conscience aiguë de la lourde mission qui incombe à notre génération pour assurer le futur de notre nation.

Joan Larroumec: On ne se rend pas bien...

On ne se rend pas bien compte d'à quel point quelques dixième de points de fécondité changent la destinée d'un pays. Si la France avait maintenu son taux de fécondité à 2,2 enfant par femme depuis les années 70, ce qui ne relève pas de l'uchronie délirante - quelques mesures volontaristes et quelques points de PIB investis et c'était faisable - et il y aurait aujourd'hui 80 millions de Français et deux fois plus de naissances annuelles (1,2M au lieu de 600k). La France parlerait donc d'égal à égal avec l'Allemagne et ne croulerait pas sous les dettes car son système de retraite ne serait pas lourdement déficitaire. Il n'y aurait sans doute même pas de crise identitaire car à immigration égale, la part des naissances d'origine étrangère serait deux fois inférieure. La leçon est simple : nous devons nous battre pour chaque dixième de point de fécondité. Il ne faut surtout pas mettre toutes les situations démographiques dans la même catégorie de "sous le seuil de renouvellement" et il ne faut surtout pas considérer qu'une politique nataliste ne vaut pas le coup parce qu'elle ne fait gagner que quelques centième de points. Être un pays à 1,5 ou 1,7 enfant par femme, c'est être un pays radicalement différent dans une ou deux générations.

Joan Larroumec: La situation est simple...

La situation est simple : Les différents pays européens sont en train de s’effondrer sous le coup de 4 ruptures simultanées : Rupture géopolitique : fin de la pax Americana et donc du soutien militaire, technologique et de l’accès gratuit au marché américain. Crée un besoin simultané de s’armer, de sécuriser ses propres chaînes d’approvisionnement, de réorienter son économie, d’assumer un rapport de force avec les États-Unis, au moment même où l’industrie chinoise déferle sur l’Europe et toutes les autres crises s’accumulent. Rupture démographique : effondrement des naissances, explosion du nombre de retraités. Crée une pénurie de main d’œuvre, un plus grand conservatisme politique, des crises identitaires et migratoires, l’insoutenabilité du système social, l’explosion des dépenses publiques. Rupture technologique : révolution IA / robotique qui rebat toutes les cartes de la puissance militaire et industrielle. Rend toute l’industrie européenne non compétitive, tous les systèmes de défense obsoletes. Crée une dépendance technologique et commerciale extrême au moment même où les autres pays deviennent non coopératifs et où l’Europe ne peut plus financer de déficits commerciaux. Rupture énergétique : fin du gaz russe bon marché, fin de l’accès garanti au pétrole du Golfe et baisse structurelle des approvisionnements, continent peu venteux et ensoleillé, blocage politique sur le nucléaire, dépendance en approvisionnement sur le solaire et les batteries. Rend l’industrie européenne structurellement non compétitive. Provoque une désindustrialisation progressive. Le pays européen qui est le plus exposé à ces 4 ruptures est l’Allemagne. Son seul atout : 2 ou 3000 milliards d’euros de capacité d’endettement grâce à des excédents accumulés pendant les beaux jours du début du siècle. Son objectif : utiliser cet argent pour réinventer son modèle économique, son industrie, en utilisant la commande militaire et en essayant de trouver un modus vivendi avec les Etats-Unis. Ne pas laisser la France prendre le leadership. Ne pas laisser l’Europe lui faire les poches avec de la dette commune ou des projets communs trop dispendieux. Le pays européen le moins exposé à ces 4 ruptures est la France. Son principal handicap : une situation financière hors de contrôle où toutes les ressources sont désormais consacrées à la vieillesse et où aucune solution simple n’est possible à cause du poids électoral des retraités. Son objectif : réussir à réformer son système social pour libérer des marges de manœuvre financières, mettre à contribution l’épargne et le patrimoine des retraités afin de relancer sa natalité, construire du nucléaire, monter en gamme et s’étendre sur la chaîne de valeur de l’IA et de la robotique. Essayer de mettre l’Europe à son service (ne plus bloquer le nucléaire, buy European act), empêcher les Etats-Unis de maintenir l’Europe divisée. Ce qu’il faut comprendre : Tous les pays européens sont dans une situation catastrophique. Le futur le plus probable de l’Allemagne, même si aucun futur n’est écrit, est de devenir la rust belt de l’Europe. La France a le plus de potentiel. Il existe un chemin vers un futur où la France est une nation puissante prospère et au premier rang de l’Europe. Tout dépend désormais du génie politique et analytique que nous saurons déployer.

Joan Larroumec: On dit souvent que...

On dit souvent que « les Français sont nuls en langues étrangères » comme si c’était un défaut, alors que c’est en réalité bien évidemment un reste de la grandeur passée française, au même titre que le château de Versailles ou la bombe nucléaire. Non seulement parce que lorsque son pays dispose d’une langue largement parlée hors de ses frontières et d’une production nationale intellectuelle et culturelle riche, l’usage des langues étrangères est un hobby d’élite, pas une nécessité de masse, mais aussi parce qu’avoir une population directement branchée sur une langue étrangère affaiblit très fortement la souveraineté cognitive d’un pays. Qu’est-ce que la souveraineté cognitive ? C’est le fait pour un pays d’avoir une élite et un peuple dont les idées, la culture et l’idéologie sont alignées sur les intérêts de leur propre nation et non d’une nation étrangère. Quand un peuple est totalement anglophone, il vit en grande partie sous le régime idéologique américain et confond ses intérêts avec ceux de son suzerain. Ses élites vont se former à l’étranger, lisent les journaux étrangers, et finissent par adopter une vision du monde de plus en plus alignée avec l’hégémonie du moment. L’effondrement de la souveraineté cognitive européenne n’est bien sûr pas un hasard. Ce n’est pas pour rien qu’une des toutes premières mesures des Américains lorsqu’ils mettent le pied en Europe est d’imposer les accord Blum-Byrnes qui échange la liquidation de 2 milliards de dollars de dette française contre l’invasion du cinéma américain sur nos écrans. Ainsi, à une époque où la géopolitique remet la question de la souveraineté au cœur des débats, la France devrait commencer à suivre certains indicateurs et mettre en place des mesures pour les optimiser : Pourcentage de son élite qui fait ses études en France plutôt qu’à l’étranger. Pourcentage de journaux, intellectuels, essayistes, influenceurs nationaux parmi les sources principales des élites. Pourcentage de films, livres, séries, jeux vidéos nationaux dans les consommations nationales. Pourcentage de concepts directement en anglais qui apparaissent dans le débat public. Pourcentage de mouvements culturels américains qui se transcrivent directement dans la culture française. Temps moyen de transmission d’un mouvement culturel des États-Unis vers la France. Etc. Etc. Tout cela est aujourd’hui essentiellement encore un impensé.

Joan Larroumec: Pourquoi l’Italie n’est pas un modèle...

Pourquoi l’Italie n’est pas un modèle. Le tribalisme politique étant ce qu’il est, on a tendance à juger la politique économique de Meloni en fonction non pas de ses résultats mais de si on voudrait restreindre l’immigration en France. C’est complètement débile, mais c’est comme ça que fonctionne l’esprit humain. En ce moment grosse vague autour de la baisse du chômage en Italie. Cependant le niveau de chômage est un indicateur assez peu représentatif de la santé d’une économie car il n’indique que le pourcentage de gens qui aimeraient travailler et qui ne trouvent pas d’emploi. ⁃ Donc si les gens partent à la retraite en masse, le pays n’est pas plus riche, mais le chômage baisse. Chaque année quand une cohorte de boomers italiens part à la retraite, la cohorte de jeunes qui arrive sur le marché de l’emploi est plus petite d’un tiers. ⁃ Donc si les jeunes se barrent du pays pour aller chercher fortune ailleurs, le pays n’est pas plus riche, mais le chômage baisse. L’Italie a perdu 590k personnes au solde de ses flux d’expatriation sur les 10 dernières années, surtout des jeunes, dont beaucoup de diplômés. ⁃ Donc si les gens sont découragés et cessent de chercher un travail, le pays n’est pas plus riche, mais le chômage baisse. Le nombre de jeunes Italiens inactifs a crû de 4,4% l’année dernière. ⁃ Donc si l’on détruit 5 emplois bien payés et qualifiés pour créer 7 emplois précaires sous-payés, le pays n’est pas plus riche, mais le chômage baisse. En Italie l’année dernière : +195 000 indépendants, +71 000 CDD, recul des CDI. Depuis 2000, le PIB par emploi occupé a baissé de 6%. Donc sans surprise, malgré un chômage en baisse, cette année l’Italie va sans doute faire du surplace en termes de PIB, malgré 200 milliards injectés par l’Europe en fonds Covid (plus gros bénéficiaire). Sur les 20 dernières années, l’Italie est une nation qui a fait du surplace économique (+1,9% de PIB), là où la France a fait +20%. Alors c’est quoi concrètement le fameux modèle italien de Meloni ? Meloni a en gros fait 2 choses : ⁃ elle a réduit le déficit du pays qui est passé de 7 à 3 points en faisant essentiellement une seule mesure : éteindre le superbonus, leur équivalent de maprimerenov en version crédit d’impôt cessible, qui avait -surprise surprise- ouvert la porte à toutes les corruptions et gabegies jusqu’à représenter plusieurs points de PIB. ⁃ Elle a stimulé l’offre de travail peu qualifiée en supprimant le revenu minimum et en baissant les charges sur les bas salaires. Nous pouvons nous inspirer de l’Italie pour le premier point et il est en effet urgent de mettre fin à la gabegie de ma prime rénove. Pour le second point c’est déjà ce que fait la France, et les mêmes causes produisant les mêmes effets, le pays se smicardise. Il n’y a donc pas particulièrement de modèle italien à suivre. Peu importe par ailleurs ce que l’on pense de la politique migratoire de Meloni. Ce que la France devrait faire, ce que l’Italie devrait faire, c’est la seule chose qui compte en économie : créer des emplois très productifs qui créent beaucoup de richesse. Et pour cela faire monter en gamme l’économie. Et pour cela se positionner sur les frontières technologiques, créer des environnements réglementaires, infrastructurels, sociaux, fiscaux, favorables à l’IA, la robotique, la biotech, le spatial. Attirer les talents. Mieux former la population. Construire des sources d’énergies abondantes et pas chères. C’est toujours la même recette, si simple sur le papier, si compliquée à faire appliquer. Tout le reste, c’est plus ou moins répartir la misère en serrant les fesses pendant que le pays coule.

Joan Larroumec: Mistral et les ennemis de l’intérieur...

Mistral et les ennemis de l’intérieur. Mistral compte de nombreux ennemis de l’extérieur. Des entités et pays étrangers qui souhaitent voir Mistral échouer car ils sont en concurrence commerciale directe avec elle, ou en concurrence géopolitique avec la France. Attendu et banal. Mais ce que beaucoup ignorent, c’est que Mistral compte un très grand nombre d’ennemis de l’intérieur.

Les frustrés et envieux, entrepreneurs ratés, cadres de grands groupes de la vieille économie, experts auto-proclamés divers, dont je sous-estimais le nombre et qui veulent voir Mistral se crasher pour pouvoir préserver leur égo. Tous ceux qui défendent depuis toujours l’idée que la France ne peut produire de géants, que tout se joue à l’échelle européenne et qui ne veulent pas voir leurs thèses démenties.
Ceux qui sont convaincus qu’il faut un géant européen et pour qui Mistral absorbe les ressources et espoirs français et qui veulent donc la démanteler pour poursuivre des rêves d’Airbus de l’IA. Ceux qui ne croient plus du tout en la France et qui pensent que quoi qu’il arrive Mistral de par sa francité est vouée à l’échec. Les pusillanimes qui pensent que pousser un peu trop Mistral, c’est prendre le risque de se brouiller avec les États-Unis. Ceux qui assimilent Mistral à Macron et vouent aux deux une même haine. Tous ceux pour qui tout pari technologique est un techno-solutionnisme qui nous éloigne des vrais enjeux de la révolution socialiste et écologique. Et ces profils sont partout, dans toutes les sphères publiques et privées, dans tous les camps politiques, à tous les niveaux. Mistral est un cas emblématique, une ligne de fracture. Pour être pro-Mistral, il faut être pro-France, pro-tech, avoir un peu de foi dans le futur.
Des critères minimaux qui sont de facto rempli par seulement une petite minorité.