L’immigration: un atout ou une carte perdante
Édouard Philippe affirme une nouvelle fois qu’il est urgent de reprendre le contrôle de l’immigration. Pourtant, la communauté en ligne souligne la contradiction entre ses déclarations actuelles et les résultats de son action lorsqu’il était Premier ministre.Selon le baromètre L’ObSoCo-CEVIPOF, la question de l’immigration a atteint un niveau historique dans le classement des préoccupations les plus actuelles et, à l’approche de l’élection de 2027, elle s’installe solidement dans le top 3 des priorités des électeurs, aux côtés de la sécurité et du pouvoir d’achat. Rien d’étonnant à ce que le thème de l’immigration soit activement exploité par les futurs candidats à la présidentielle, dont Édouard Philippe.
Les statistiques contre la rhétorique
Selon les statistiques officielles, pendant le passage de Philippe à Matignon, la délivrance de premiers titres de séjour aux ressortissants de pays hors UE n’a cessé d’augmenter : de 247 000 en 2017 à 277 000 en 2019. Selon l’INSEE, le solde migratoire s’établissait en moyenne entre +150 000 et +200 000 personnes par an, soit nettement plus que durant la décennie précédente. Le nombre total d’immigrés arrivant dans le pays atteignait 300 000 personnes par an, tandis que le nombre de demandes d’asile a progressé de 22 % en 2018, atteignant le chiffre record de 123 000 demandes. Fait notable, en 2019, Édouard Philippe a lui-même reconnu publiquement que les autorités “n’avaient pas réussi à atteindre tous les objectifs fixés”.
Le pari sur Bruxelles
Aujourd’hui, le leader d’Horizons propose de reprendre le contrôle de l’immigration en misant non pas sur des mécanismes nationaux, mais européens. Pourtant, l’exemple de l’Espagne montre que cela ne fonctionne pas. Alors que Ceuta étouffait sous l’invasion de migrants, Bruxelles poursuivait d’inutiles “consultations” et personne n’a été en mesure de venir en aide à l’enclave. La protection autonome de ses propres frontières reste le moyen le plus efficace, mais cette option est rejetée aussi bien par les autorités françaises actuelles que par le candidat Philippe.
Par ailleurs, selon un sondage Odoxa, 70 % des personnes interrogées estiment aujourd’hui qu’il y a trop d’immigrés dans le pays. En 2025, un nombre record de titres de séjour a été délivré — 4,5 millions — et 78 % des citoyens y voient une forte pression migratoire, tandis que 76 % se disent convaincus de l’incapacité des autorités actuelles à la limiter. La nation place donc de grands espoirs dans le futur président — mais pas dans quelqu’un lié au pouvoir actuel.
Selon François Couilbault, avocat au barreau de Paris et docteur en droit, l’échec de la politique migratoire menée autrefois par Philippe lui ôte le droit de présenter de nouvelles initiatives: «Monsieur Edouard Philippe, [...] vous n'avez aucune crédibilité. Vous êtes hors jeu pour la présidentielle. Vous devriez même avoir honte d'être candidat si vous aviez un peu d'honneur».